L’école témoignage 2

L’école « presque » gratuite Maman de trois enfants dont des petits jumeaux de 23 mois et un grand garçon de 8 ans, je reçois avec beaucoup de plaisir le bulletin Maxi-Mômes. Je ne peux toutefois m’empêcher de réagir à un article paru dans le bulletin n°36, intitulé Combien nous coûte l’école gratuite ?

J’exerce depuis bientôt 15 ans la fonction d’institutrice dans un quartier particulièrement défavorisé, actuellement en maternelle, après plusieurs années passées en primaire

Dans cet article est évoqué le principe de gratuité de l’école qui serait de moins en moins respecté selon l’auteur. Le principe de la gratuité a été instauré par Jules Ferry il y a plus de 100 ans afin de permettre à tous les enfants d’accéder à une culture et notamment d’apprendre à lire, écrire et compter. Cent ans plus tard, l’école continue d’accueillir tous les enfants, qu’ils soient issus de familles aisées ou non et que leurs parents soient imposables ou non imposables.

Il est nécessaire de préciser que le coût d’une année de scolarité pour un enfant est considérable : prise en charge des salaires des enseignants, du personnel de service, de la construction et de l’entretien des locaux qui accueillent nos enfants, des frais de chauffage, électricité, eau, mobiliers, manuels… Ces frais sont entièrement pris en charge par l’État et donc par nos impôts.Depuis 1975 (loi Haby), les éventuels frais de transports sont également pris en charge par l’État.

Mais depuis 100 ans des changements ont eu lieu à l’école. L’école ne se contente plus d’essayer d’apprendre à nos enfants à lire, à écrire et à compter et de donner des connaissances en histoire, en éducation civique ou en sciences. On lui demande maintenant de sensibiliser les enfants aux langues étrangères, de les initier à l’informatique, à la musique (avec l’aide d’intervenants), à l’art, d’emmener les enfants au musée, au spectacle, au cinéma, en classe de découverte, à la piscine, à la patinoire, au tennis…, de favoriser l’élevage d’animaux, la culture de plantes, voire de fournir de cadeaux de fête des mères ou de Noël.

Cela suppose donc un apport de personnel et de matériel qui est encore pris en charge par l’État. Les communes ont fait un effort supplémentaire en finançant les transports pour certaines sorties scolaires ou la piscine, les entrées à la piscine, à la patinoire, les spectacles de Noël, les cadeaux de Noël, les intervenants en musique, en sport, en langues étrangères, en aidant au financement des classes de découverte et en versant une contribution aux coopératives scolaires…

Alors effectivement on demande aux parents de bien vouloir faire une participation en aidant à payer les fournitures de leurs enfants parce que les communes ne peuvent pas indéfiniment faire face à toutes les dépenses de l’école et que l’on ne peut pas indéfiniment augmenter le prix des impôts. Les familles les plus défavorisées sont d’ailleurs aidées par le versement de la prime de rentrée scolaire qui devrait en principe servir à couvrir les frais de rentrée.

La plupart des écoles essaient de tenir compte des éventuelles difficultés financières de leurs usagers. S’il se produit des abus, comme il semblerait que ce soit le cas à Neuilly-Plaisance, pourquoi ne pas passer voir les enseignants concernés en leur faisant part de nos difficultés à honorer leurs demandes de fournitures ou à payer ses sorties (c’est d’ailleurs le rôle des associations de parents d’élèves).

Il me semble cependant que le prix des fournitures scolaires peut être singulièrement allégé si on les choisit en fonction de son budget en non pas en tenant compte des goûts de nos enfants. De même il est possible de responsabiliser nos enfants pour qu’ils prennent soin de leurs affaires et qu’ils réutilisent une bonne partie de leur matériel d’une année scolaire sur l’autre. Je crois également que le principe de gratuité de l’école conduit à une certaine dérive : nous avons de plus en plus de mal à admettre de financer ce qui touche de près ou de loin à la scolarité de nos enfants, alors que certaines dépenses nous paraissent normales quand elles n’ont pas lieu dans le cadre de l’école, pire encore nous accusons l’école d’être responsable de dépenses qui ne la concerne en rien (exemples : les frais d’anniversaires de nos enfants, les activités du mercredi, l’usure des vêtements qui est la même quand nos enfants jouent dans la cour de nos immeubles, la perte de vêtements (n’est-ce pas plutôt un problème d’éducation de nos enfants ?)…).

Je rappelle en outre que le versement de la coopérative n’est pas obligatoire, que beaucoup de compagnies d’assurances personnelles prennent en charge la responsabilité civile et individuelle accident de nos enfants sans supplément de prix.

Quand à l’étude, il s’agit d’un service supplémentaire demandé à l’école, il est donc bien normal d’en assurer le financement. Je tiens également à souligner que l’effort demandé aux familles à l’école est négligeable par rapport à l’ensemble de dépenses que nos avons à faire pour nos enfants.

Pourquoi tant de familles demandent-elles à inscrire leurs enfants à l’école maternelle dès 2 ans sinon parce que cela ne coûte presque rien.

Pour ma part, pour faire garder mes jumeaux seulement deux jours par semaine à la halte-jeu, afin de me permettre de travailler à mi-temps, cela me coûte 18 000 F par an après déduction fiscale. Et il s’agit du mode de garde le moins cher (une nourrice me coûterait le double et ne parlons pas du coût des crèches qui est prohibitif).

Mais soit, rendons sa gratuité complète à l’école. Supprimons tout ce qui n’est pas purement scolaire tel que les sorties, la piscine… Qui en pâtira le plus : les enfants issus de milieux défavorisés.

Sachez en effet que certains enfants ne vont jamais au musée ou voir des spectacles avec leur famille, parce que leurs parents n’en ont pas les moyens. Ces enfants verront pour la première fois un spectacle avec l’école grâce à la générosité d’autres parents qui ont bien voulu donner un peu d’argent pour la coopérative de l’école ou participer aux kermesses. C’est ainsi très souvent la coopérative (dont le versement n’est nullement obligatoire), qui finance les sorties des enfants de familles en grandes difficultés financières. De même, certains enfants iront à la piscine pour la première fois avec l’école pour le seul prix d’un maillot de bain (environ 20 F en grande surface) (le prix de l’entrée est payé chaque semaine par les mairies ainsi que les bus permettant d’aller à la piscine). Beaucoup d’enfants ne connaissent que le matériel informatique de leur école, souvent financé grâce aux kermesses. Enfin, les seuls livres que certains enfants ont à la maison sont ceux qu’ils empruntent gratuitement à la bibliothèque de leur école.

Je pourrais multiplier les exemples de ce type. Je tiens à préciser en outre que ce sont souvent les parents d’élèves qui réclament des sorties pour leurs enfants et que ces sorties font l’objet d’annonces et de discussions lors des conseils d’école auxquels participent les représentants de parents d’élèves.

Soit, l’école est peut-être loin d’être parfaite mais je ne crois pas qu’on puisse l’accuser de ne pas tout faire pour respecter l’égalité des chances de chacun. Par contre, peut-être faudrait-il multiplier les aides en faveur des familles ayant des enfants multiples et mieux tenir compte de leur spécificité.

Pourquoi, par exemple, les parents de jumeaux n’ont-ils droit qu’à une seule allocation parentale d’éducation alors qu’ils doivent faire face aux frais de plusieurs enfants à la fois ? Peut-être faudrait-il également verser la prime de rentrée scolaire à davantage de familles ?

Mais il s’agit d’un tout autre débat et il faut en tout cas se garder de critiquer systématiquement cette formidable institution instaurée par Jules Ferry qu’est l’école « presque » gratuite et surtout de mettre en doute la compétence des enseignants pour juger de l’intérêt pédagogique des activités qu’ils proposent.

Isabelle Papillon

Je félicite Mme Papillon de son excellent article très juste et très instructif. Je crois que tout reste encore une question de point de vue. Il est toujours intéressant d’avoir l’avis des professionnels qui souvent apportent des réponses auxquelles on n’avais pas pensé. Cécile Haillot Ils réclament l’école pendant les vacances scolaires ! Dans le n° 36 nous vous avons raconté notre difficile expérience face à la rentrée en maternelle de Christopher et Jonathan. Afin de rassurer les parents qui pourraient vivre cette situation, nous souhaitons leur dire que pour nos fils, l’école n’est plus un calvaire !! Finis les pleurs, les maux de ventre !! Nos enfants participent aux activités scolaires, ils ne refusent plus ni les repas ni les boissons proposées par la maîtresse. Ils approchent de plus en plus les enfants de leur classe. Et pour preuve, ils réclament l’école pendant les vacances scolaires !! Nous sommes soulagés aujourd’hui et partons au travail le cœur léger. Il fallait deux mois d’adaptation pour eux. Ces deux mois nous ont semblé terriblement longs. Un petit aparté concernant leur ressemblance et l’école. Depuis qu’ils sont bébés nous faisons le maximum pour les différencier, principalement par leur tenue vestimentaire. Ainsi les personnes les plus éloignées les distinguent plus aisément, seulement à l’école ceci ne semble pas suffire. Leur maîtresse ainsi que les enfants les confondent. Les dessins de l’un sont annotés avec le prénom de l’autre. Nous avons donc essayé de modifier leur coiffure.

Pour des petits garçons le choix est restreint et rien n’y fait. Jonathan et Christopher ne se préoccupent pas de tout ça et se moquent de cette confusion.

Tout ceci renforce notre idée de les séparer pour la 2e année de maternelle.

Christelle Ayache